Le Monde le 8 juin

Publié le par nuit des écoles

Des écoles occupées contre "les réformes Darcos"


LE MONDE | 07.06.08 | 14h36  •  Mis à jour le 07.06.08 | 14h36

D'un côté, un ministre de l'éducation ayant assuré qu'il était prêt à "surinvestir" dans l'enseignement primaire, là où les difficultés sont concentrées. De l'autre, au coeur d'un quartier populaire, le sentiment d'un désengagement de l'Etat. Enseignante, Sabine Gessain occupe, à l'école de la rue Pajol, dans le 18e arrondissement de Paris, un poste de soutien en lecture pour les élèves en difficulté. Selon les syndicats, les cinq postes de ce type à Paris seraient supprimés à la rentrée.

L'information n'est pas confirmée, mais elle nourrit les craintes devant la "réforme Darcos". Même sans ce cas particulier, l'école Pajol serait "en lutte" et "occupée" par des parents mécontents, solidaires des grèves des enseignants.

GRÈVE TOURNANTE

Parti, à la base, sans mot d'ordre syndical, un mouvement d'occupation d'écoles s'est installé dans la capitale. Les protestataires dénoncent, pêle-mêle, le "démantèlement de l'école", la "casse du service public", les suppressions de postes, les nouveaux programmes, les stages de remise à niveau pour les élèves en difficulté, ou le nouveau fichier central "Base élèves".

Depuis le 15 mai, les enseignants de l'école Pajol observent une grève tournante reconductible, suivie chaque jour par un quart à un tiers d'entre eux. La situation est similaire dans la plupart des écoles voisines.

Vendredi 6 juin, une dizaine de parents et quelques enseignants sont encore présents vers 19 heures. Mère d'une élève en CE2, Cécile Delaroue, traductrice, représentante des parents élue sur une liste indépendante, indique : "Je n'ai pas rencontré, depuis un mois, de parents hostiles à la grève". Selon Bernard Dubois, un des responsables de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE) de Paris, "une cinquantaine d'écoles sont perturbées par roulement", et le mouvement, "d'abord centré dans les 18e, 19e et 20e arrondissements parisiens, s'étend à d'autres quartiers".

Le rectorat, qui coiffe 771 écoles à Paris, refuse de confirmer ces chiffres. "Il s'agit essentiellement d'occupations du bureau des directrices ou directeurs, sans incidence sur le bon fonctionnement de la scolarité", remarque-t-on dans les services académiques. Mais dans une autre école du 18e, la directrice fait état d'une grève reconductible suivie par un tiers de l'équipe depuis plus d'un mois.

"Il y a une effervescence dans certaines écoles", commente Gilles Moindrot, secrétaire général du SNUipp-FSU. Selon lui, parents et enseignants, au-delà des cercles militants, "ont le sentiment que les différentes réformes en cours vont toutes dans le sens du dénigrement de l'école primaire". Le mouvement prépare, vendredi 13 juin, "la nuit des écoles occupées", qui se traduirait par l'occupation de 1 000 établissements. Parti d'Angers, ce mot d'ordre a gagné les départements de l'Ouest, puis de la région parisienne.

Luc Cédelle et Catherine Rollot

Publié dans Revue de Presse

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anonyme 12/06/2008 20:42

Dommage que des écoles qui assurent le soutien en avril proposent cette action.
Il est temps de choisir, mais quand les pépettes ont là une minorité d'enseignants s'engouffrent dans cette faille, quelle prétention de vouloir réussir là où les collègues galèrent.

pat 11/06/2008 00:59

Il n'ya pas ou peu de différences comme je le précise même si j'assume mon choix .Le propos était plutôt équilibré en réponse à Manu.
Mais ce n'était vraiment pas l'essentiel du message.
Vous pouvez ,si vous le souhaitez ,supprimer le passage visé ainsi que "l'attachement à l'école publique" pour ne pas décentrer le débat .
Cependant "le problème des mesures Darcos et leurs conséquences " n'ont pas beaucoup de rapport avec l'école, ou plus avec l'une que l'autre...
Vous pouvez aussi supprimer ce message.
Pat

Webmaster nuit des écoles 11/06/2008 00:25

Pour information, en Loire Atlantique nous manifestons ensemble, écoles publiques et privées contre ces mesures qui nuisent à l'éducation!
La nuit des écoles a justement pour but de dépasser ces rivalités pour ENFIN aborder les problèmes des mesures Darcos et de leurs conséquences.

pat 10/06/2008 23:27

Lisez jusqu’au bout, je m’énerve de plus en plus, je vous remercie et ça m’a pris beaucoup de temps !

Manu,
Il ne s’agit pas de ne pas aider les enfants en difficulté. Nous avons des enseignants spécialisés pour cela,( que cette réforme va faire disparaître) il s ont deux ans de formation supplémentaires et sont plutôt efficaces, ils font partie d’équipe constituées d’autres professionnels et d’intervenants extérieurs. C’est ce qu’on appelle une structure intelligente qui ne demande qu’à être renforcée qui intervient dans le temps scolaire sans stigmatiser personne.
A la place de cela on nous propose une réforme à la va vite qui n’a pas grand-chose à voir avec l’éducation nationale mais plutôt avec des réductions budgétaires massives dans tous les domaines du service public. C’est la même chose pour l’intégration des enfants handicapés, on crée un droit opposable, tous ces enfants se retrouvent dans le cursus classique sans véritables moyens pour les accueillir (départ d’une collègue en dépression), ce qui permet de démanteler d’autres structures spécialisées.
Oui à l’intégration mais de façon digne…Les parents de ces enfants ne sont d’ailleurs pas dupes.

Notre hiérarchie nous prend pour des abrutis, elle nous fait nous réunir pour discuter des nouveaux programmes, on travaille dans chaque école de France sur le sujet ( 36 000 communes !!!) on transmet, je vous laisse imaginer le parcours…Et en une semaine, hop ! tout cela a été pris en compte, les nouveaux programmes sont publiés.

Notre Ministre nous méprise, il se tient à la limite de la diffamation, il perd tout sens éthique en publiant dans MON QUOTIDIEN, un journal d’information pour les enfants, présent (pour l’instant) dans toutes les écoles, ceci :

"Quelqu’un qui râle, qui fait grève, est-il un bon modèle ? Quand on est adulte on se souvient surtout des profs sérieux, dévoués qui se faisaient respecter. »

Que dire à nos élèves ?
Mon quotidien, 1er Avril 2008 ( ce n’est pas un poisson)

Durant mon service militaire, j’ai appris une chose, quand on veut se faire respecter par ceux que l’on dirige, premièrement on les respecte, deuxièmement on donne l’exemple. (ça devrait vous plaire ça…)


La philosophie actuelle du gouvernement est très présente dans les rapports de l’OCDE dont un en particulier que vous trouverez très facilement sur le net , qui conseille les hommes politiques qui mènent des « réformes » :

« Pour réduire le déficit budgétaire, une réduction très importante des
investissements publics ou une diminution des dépenses de fonctionnement ne
comportent pas de risque politique. Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement,
il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité
baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles
ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou
d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs
enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école
peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles,
ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non
dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement
général de la population.
L’intérêt politique de ces mesures ne signifie pas qu’elles sont les plus
rationnelles ou les plus justes. La chute des investissements publics aura à terme
un impact négatif sur la croissance. »

« Le gouvernement doit aussi réduire la masse salariale et couper des
subventions. Mais, pour réussir, il doit dans ce cas accorder la plus grande
attention aux détails et adopter une optique désagrégée. Rien n’est plus dangereux
politiquement que de prendre des mesures globales pour résoudre un problème
macro-économique. Par exemple, si l’on réduit les salaires des fonctionnaires, il
faut les baisser dans tel secteur, les bloquer en valeur nominale dans un autre, et
même les augmenter dans un secteur clé politiquement. Si l’on diminue les
subventions, il faut couper celles pour tels produits, mais maintenir en totalité
celles pour d’autres produits. Le souci du détail ne connaît pas de limite. »

« Un gouvernement peut difficilement stabiliser contre la volonté de l’opinion
publique dans son ensemble. Il doit se ménager le soutien d’une partie de l’opinion,
au besoin en pénalisant davantage certains groupes. En ce sens, un programme qui
toucherait de façon égale tous les groupes (c’est-à-dire qui serait neutre du point
de vue social) serait plus difficile à appliquer qu’un programme discriminatoire,
faisant supporter l’ajustement à certains groupes et épargnant les autres pour
qu’ils soutiennent le gouvernement. »

« Les salaires nominaux peuvent être bloqués (ce qui allège rapidement la masse salariale en
termes réels si le taux d’inflation atteint 7 ou 8 pour cent) ; on peut ne pas
remplacer une partie des salariés qui partent en retraite ; ou bien l'on peut
supprimer des primes dans certaines administrations, en suivant une politique
discriminatoire pour éviter un front commun de tous les fonctionnaires.
Évidemment, il est déconseillé de supprimer les primes versées aux forces de
l’ordre dans une conjoncture politique difficile où l’on peut en avoir besoin.
Comme on le voit, pourvu qu’il fasse des concessions stratégiques, un gouvernement
peut, en procédant de manière graduelle et par mesures sectorielles (et non
globales), réduire les charges salariales de manière considérable. L’essentiel est
d’éviter un mouvement de grève générale dans le secteur public qui remettrait en
question un objectif essentiel du programme de stabilisation : la réduction du
déficit budgétaire.»

« Cela suppose une bonne stratégie de communication,
cette stratégie étant une arme importante dans le combat politique. Il faut dès
l’arrivée au pouvoir insister, voire en exagérant, sur la gravité des déséquilibres,
souligner les responsabilités des prédécesseurs et le rôle des facteurs exogènes
défavorables […]
Il est souhaitable, par ailleurs, que le gouvernement suscite rapidement une
coalition d’intérêts qui fasse contrepoids à l’opposition. C’est le complément
indispensable à sa stratégie de communication et le seul moyen de s’assurer un
soutien durable. […] Par ailleurs, si l’on réduit
les salaires des fonctionnaires, des secteurs stratégiques (l’armée ou la police, par
exemple) peuvent être exemptés. »

Source : CAHIER DE POLITIQUE ÉCONOMIQUE N° 13
La Faisabilité politique de l'ajustement par Christian Morrisson

Manu, un sujet épineux pour vous : Je suis un enseignant hybride, 3 ans dans le privé, 3 ans dans le public. Voici un fil que j’ai publié à l’époque dans un forum :

Mon petit témoignage sur l'école privée et l'école publique.

"Avant d’être admis dans le public, j’ai enseigné trois ans dans le privé (écoles sous contrat) comme suppléant sans aucune formation spécifique,les pov’ gosses…J’avais un petit boulot en intérim et on m’a appelé du jour au lendemain pour prendre en charge seul ( pas d’atsem) une classe de 29 enfants de moyenne section de maternelle.
J’ai fait une dizaine d’écoles et des remplacements longs .J'ai même été maître spécialisé pendant un temps!!!
Quand je fais le bilan, je ne comprends pas l’intérêt d’y inscrire son enfant (sauf pour deux des dernières raisons évoquées par la suite).
Les enseignants enseignent la même chose que dans le public, ils sont payés par l’état, suivent la même formation, sont inspectés par les mêmes inspecteurs. Cependant ils n’ont pas accès aux conseillers pédagogiques, ils sont un peu moins bien payés et certains, les suppléants (nos brigadiers/ ziliens du public) n’ont aucune formation pédagogique (moi à l'époque)
Les frais d’inscription peuvent se limiter à l’équivalent de trois paquets de cigarettes par mois dans des écoles qui pourraient être classées en ZEP (véridique) donc il n’y a pas forcément de sélection, ni sociale, ni par le fric.
Les élèves : dans l’école privée on trouve de petits chrétiens mais aussi quelques petits musulmans et surtout des élèves sans confession. Donc il n’y a pas de sélection du fait de la… « civilisation » ( pour rester correct).
On trouve aussi tous les cas d’élèves du public dont les parents ont refusé les propositions d’orientation des enseignants (je l’ai vécu des deux côtés et ce n’est pas triste !). Ces élèves sont acceptés dans le privé car le privé est pauvre ( oui, oui, oui…) et il n’a pas vraiment le choix. Bon, on peut évoquer la charité/générosité chrétienne qui existe aussi mais là je laisse chacun se faire son opinion.
Ce que je ne comprends donc pas c’est pourquoi choisir un service payant alors qu’il existe un service gratuit ?

Peut-être quelques raisons :
- vouloir plus d’autorité, de rigueur, plus d’attention envers les élèves (c’est un mythe, les deux systèmes sont équivalents et les parents manquent vraiment d’informations sur le sujet)
-donner une éducation chrétienne (c'est-à-dire éduquer ses enfants dans un certain système de valeur qui se confond cependant largement avec celui de la société en général). De toute façon cette option concerne de moins en moins d’élèves.
-déroger à la carte scolaire.

et aussi:
- les enseignants du privé ne sont pas plus catho qu’ailleurs, j’ai rencontré plus d’instit catho dans le public en Moselle (concordat oblige) que dans le privé en général.
-Dans le public on parle peu du privé, dans le privé on n’arrête pas !
-Les syndicats : Dans le privé les instits font peu grève, ils ne sont pas contre mais ils ont peu de syndicats et sont donc peu informés).
Dans le privé je n’ai vu que quelques publications discrètes de la CFTC. La CFTC qui d’ailleurs était très présente dans la rue ces temps-ci (Retraites en 2003)
-Dans le privé, le directeur/trice a vraiment une posture de supérieur hiérarchique. Je n’ai jamais compris si c’était réel ou non. Enfin…Je les ai toujours considérés comme des collègues et ça c’est bien passé.

La différence n’est pas entre école privée et école publique, elle est géographique entre écoles du centre des agglomérations et écoles de la périphérie ( privées ou publiques) parce qu’il y a peu de mixité sociale. Le niveau de ces écoles n’est pas vraiment du fait des enseignants mais plutôt du fait des apprenants,élèves, clients, patients, usagers…enfants? de ces écoles. Les bons enseignants, les médiocres, dans le privé comme dans le public sont répartis de façon plutôt aléatoire sur l’ensemble du territoire… »

Voilà, voilà Manu…

Bon…Cette fois-ci nous ne faisons pas grève, nous occupons des écoles la nuit et à l’initiative des parents d’élèves et on vous dérange encore !!!

Si vous ne vous documentez pas, si vous ne vous informez pas, la marionnette cela risque bien d’être vous…

Merci aux parents qui nous supportent, car si nous pouvons parfois les envoyer balader, punir injustement leurs enfants, échouer, ne pas communiquer ce qui nous semble évident sans l’être, nous énerver , avoir des réactions paranoïaques,
nous les remercions pour leur patience, leur vision et leur attachement à l’école publique.

Le 13 juin et les jours suivants, suspendons notre obligation de réserve.

Pat.

Dominique 10/06/2008 21:19

A Manu ( que vient-il faire sur ce site qui lui donne des boutons?)
Darcos envoie ses sbires défaire un peu plus l'Education Nationale.
Il faut détenir une bonne dose de bêtise pour vouloir donner des cours pendant les vacances ( avec des classes de 25 à 30 en ZEP, c'est sûr, il y a des dégâts!) alors qu'on supprime les moyens pendant l'année.
Ce n'est pas bête cette idée de bloquer les écoles pour lutter contre le réchaufement climatique! Après tout , ce sont nos enfants qui en souffriront le plus.
Monsieur Manu du privé se sent mieux maintenant qu'il s'est donné l'impression d'exister en crachant son venin?
Oui, les parents ont assez d'esprit critique pour rire de vos propos et laisser leurs enfants dans l'école de la République.